716 Playlists – Macha Gharibian Playlist


18.01.12 - Guillaume

Aujourd’hui la sélection de la pianiste et chanteuse Macha Gharibian, une artiste d’origine arménienne qui après avoir longtemps partagé sa passion entre musiques de l’est et musique classique s’est récemment ouverte au jazz en allant travailler à New York.
A découvrir.

1) Steve Reich – « After The War » – 3ème mouvement de Different Trains (1988) pour quatuor à cordes et bande magnétique
Avec Different Trains, Steve Reich fait le parallèle entre le train qu’il prenait enfant dans les années 1940 entre Los Angeles et New York, entre les domiciles de ses parents divorcés, et les trains de déportés en Europe qui emmenaient les juifs vers les camps de la mort. S’il avait vécu en Europe à cette époque, en tant qu’enfant juif, ce sont probablement ces trains qu’il aurait pu prendre.
Comme procédé musical, Steve Reich utilise des enregistrements de témoignages familiaux et historiques des témoins de l’époque, et joue sur la répétition et le déphasage. Avec l’utilisation de la voix enregistrée, Il marque aussi le début d’une nouvelle ère dans l’écriture musicale.
Une oeuvre marquante à voir en live !

2) Dutilleux – « Incantations » – 1er mouvement des Métaboles (1964) pièces en cinq mouvements
J’ai découvert Dutilleux, comme beaucoup de pianistes, en jouant sa sonate pour piano pendant mes études à L’Ecole Normale de Musique. J’étais attirée par sa richesse rythmique et de timbres. Lui ne l’aimait pas et a même souhaité qu’on la détruise! Mais c’est ce qui m’a donné envie de découvrir sa musique orchestrale. Une écriture riche avec une grande recherche de timbres, de couleurs et d’espace. A l’opposé du mouvement sériel de l’époque.
Normalement il faut écouter les cinq pièces des Métaboles s’enchaîner sans interruption, car les Métaboles explorent l’idée de métamorphoses. Ou comment par de subtils et très graduels changements, par étapes successives presque imperceptibles, on peut modifier en profondeur toute la structure d’une pièce et lui faire subir un véritable changement de nature.

3) Ligeti – « L’Escalier du diable » – Extraits du deuxième livre des Etudes pour piano (1988-1994)
Une pièce que j’ai jouée pendant mes études, une pièce multi-rythmique au côté dark que j’adore, avec son mouvement qui évolue constamment, sans cesser jamais.
Une pièce infernale pour la mémoire. Ligeti a eu un impact sur beaucoup de pianistes et musiciens en général, surtout dans le jazz. Dans le dernier disque de Craig Taborn, l’influence est surprenante.

4) Keith Jarrett – « Ritual Prayer » – Dark Intervals (1987)
C’est le pianiste Craig Taborn qui m’avait conseillé d’écouter ce disque. A l’époque, je ne connaissais pas bien la musique de Keith Jarrett, excepté le célébre ‘Koln Concert’ et Dark Intervalls a été une super belle découverte.
Ritual Prayer me fait partir loin à chaque fois ..

5) Craig Taborn, Gerald Cleaver & Michael Formanek And Tim Berne – « Twenty Three Neo » – The Rub And Spare Change
Quatre musiciens de NYC que j’adore : Craig, Gerald et Tim ont été mes profs à Nyc. Je cours dès qu’ils passent à Paris. Gerald est un des batteurs new yorkais que je préfère et Craig est de loin le pianiste qui me surprend le plus aujourd’hui, son jeu est puissant. Il a sorti un album solo chez ECM en 2011. C’est un très beau disque. Avec lui, j’ai découvert ce que pouvait être le piano, le jazz, l’improvisation..

6) Ivo Papasov – « Bulchenska Retchenitsa » (1995)
Un des grands Maîtres de la clarinette, musicien tzigane de Bulgarie, il y en a eu d’autres depuis : Husnu Senledndirici (Turquie) Hovig Vartanian (Arménie) Kostas Xalkias (Grèce),
ça fait partie des musiques que j’ai entendues dès l’enfance avec la musique tzigane de Roumanie, Ex-Yougoslavie, Bulgarie, Russie. Sans oublier le rembétiko de Grèce et le rabiz d’Arménie…

7) Vijay Iyer – « Because of Guns » (2003)
Sur « Because of Guns », Vijay revisite le célébrissime « Hey Joe » d’Hendrix. Extrait du disque ‘Blood Sutra‘ avec Rudresh Mahanthappa (sax), Stephen Crump (bass) et Tyshawn Sorey (drums), un des premiers disques de jazz actuel que j’ai achetés avant de partir à New York pour la 1ère fois. Je voulais écouter un peu sa musique avant de le rencontrer car il allait être un de mes profs à la School for Improvisational music.

8) Haris Alexiou – Ola Sé thimizoun (1979)
Une des grandes voix grecques du XXème siècle. Elle a m’accompagné toute mon enfance, elle me touche toujours quand je l’écoute et fait partie des voix qui m’ont influencé en tant que chanteuse.

9) Gagik Stépanian – Garmon
Le garmon c’est un accordéon à boutons russe. Il est surtout utilisé dans le Caucase, en Arménie, Géorgie, Tchétchénie, Azerbaidjan et chez les Tcherkesses. Et là jaillissent la profondeur et la beauté … La chanson dit  » Tout me rappelle toi, comme cette chanson qu’on chantait ensemble »

10) Oscar Peterson – « Quiet Night of Quiet Stars » – Corcovado (1964)
Il y a encore plein d’autres choses que j’aimerais partager, mais j’ai eu envie de lumière après tous ces thèmes profonds, sombres et tragiques, j’ai eu envie d’écouter Corcovado joué par Oscar, extrait du disque ‘We get Request’. Un hymne à la vie à lui tout seul.. Un thème que tout le monde connaît joué par le roi du swing, ça donne un thème joyeux qui fait tellement du bien …

11) Rachmaninov – L’Ile des Morts – (1909)
Rachmaninov, c’est le compositeur qui me poursuit et provoque toujours les mêmes émotions fortes. J’écoute la plupart de ses oeuvres avec la même passion, le même engouement, sans jamais me lasser.
Rachmaninov a toute sa vie été obsédé par le problème de l’existence et l’exil. Et cette profondeur jaillit dans sa musique.
C’est en voyant la reproduction en noir et blanc de l’Île des morts, tableau d’Arnold Böcklin, que Sergei Rachmaninov a l’idée d’un poème symphonique qui va mettre un an et demi à prendre forme. Le tableau figure Charron convoyant une âme morte aux abords d’un îlot rocheux sombre et énigmatique.
La composition se schématise en quatre parties : 1) le voyage sur l’océan en pleine nuit jusqu‘à ce que l‘île émerge à l‘horizon, 2) l’approche et l’entrée dans l’île, 3) la mort 4) immédiatement suivie du départ de Charron, paisible et serein, l’aurore clôturant la pièce.

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