L’Abri – Paris (75010)


04.10.12 - Guillaume
L'Abri
92, rue du Faubourg-Poissonnière
75010 Paris
01 83 97 00 00
Fermé le dimanche et ouvert de 10h à 17h le lundi et le samedi (c'est original)
Métro : Poissonnière
- Le résumé -

Il y a des chroniques qui n’attendent pas. Parce que c’était trop parfait, du genre parce que c’était toi, parce que c’était moi.
Il y a les chroniques pour lesquelles un temps de maturation est nécessaire et puis celles qui s’écrivent, comme ça, d’un jet, le même que celui qu’on a senti durant le repas.
Dans ces cas-là, on n’a même pas envie de parler de cuisine, juste d’émotions, de sensations, de bonheur.

Là ça avait bien commencé puis mauvais départ puis rectification de tir et là bonheur total.

- La petite histoire -

Je m’explique : d’abord des chroniques dithyrambiques de ça et là mais notamment de la part de deux amateurs éclairés de cuisine asiatique : Foodinandout et François Simon.

J’avais l’eau à la bouche, je sentais le truc original et sérieux.
Beaucoup de japonais ouvrent leur resto de cuisine française et tant mieux mais en lisant certains compte-rendus, j’ai l’impression que c’est parfois trop appliqué, trop français ou trop cher.
Là je sentais la fusion réussie, intéressante et la formule du midi bien sentie.

Alors après le boulot, je m’y pointe un midi la bouche en coeur, il fait beau, je vois des tables de libre, il est 13h20, je crève la dalle, ça sonne bon. Je rentre et là je sens une gêne chez le serveur qui me dit que ça va être compliqué. J’ai cru que c’était parce que j’étais seul et ça m’a gonflé. Il m’a fait attendre 5 minutes, a feuilleté son cahier, est allé voir au fond, est revenu et m’a dit que ce ne serait pas possible avant 35 minutes.
Bon, déception.
Là-dessus je suis parti inspecter deux spots de street-food mentionnés dans l’un de ces articles qui nous expliquent le retour de la bouffe légère.
Résultat : un daily syrien rue du Faubourg Saint-Denis sûrement intéressant mais seulement qq tables et toutes les places déjà prises, de plus elles sont à l’intérieur et donc dans une obscurité relative et en plus il y avait 3,4 personnes dans la queue donc peu de chances de s’assoir. Pour couronner le tout une formule à 9,80 euros et je n’aime pas les formules à 9,80, ça fait pingre. Cela étant la cuisine a l’air sérieuse.
Je suis allé voir à côté le spot de hot dogs, j’ai vu la personne encaisser la monnaie puis attraper les pains de hots dogs avec les mains pour les réchauffer au micro-ondes, ça m’a refroidi direct. Un coup d’oeil aux glaces Ben & Jerry, et hop me voilà reparti.
Ce sera donc l’Abri. Coup de fil. C’est moi tout à l’heure. Ok. Soyez là avant 14h. Ok dans 5 minutes, j’y suis.

C’est parti.

 

Le serveur arrive, hyper cool, bonne tête, il m’explique le topo (c’est le même que tout à l’heure mais au fur et à mesure que l’on rentre dans le concret, il a l’air de plus en plus sympa!).

Menu unique le midi : 22 euros. Ah ok, j’avais pas prévu de mettre autant, j’avais mal lu la chronique de Simon dans laquelle il parlait de la formule sandwich à 13, c’est seulement le lundi et le samedi.

Bon je suis là, je me sens bien, on y va.

Et là tout de suite, le serveur me reconnaît, l’une des deux chefs me regarde avec un grand sourire genre « bienvenue, relaxe toi mon grand, ouvre tes chakras, on va te faire kiffer ».

- Le lieu -

Deux tables dans le fond, j’ai le choix entre deux jeunes à droite qui entament leur repas et une jeune femme et son père à gauche qui ont fini leur café. Ce sera la gauche, je serai plus vite seul. C’était sans compter le fait que la jeune femme s’était mise en tête de raconter sa psychanalyse à son papa. Ce fut long mais au bout d’un long moment j’ai eu droit à ma tranquillité.

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Je vais aux toilettes et là ça me parle. Il y a tout ce que j’aime : ça a été pensé! Il y a une intention dans ces chiottes. Un gros savon jaune comme dans les toilettes de mon école primaire comme quoi tout revient (mais à l’époque on détestait ces savons, c’était glauque). Et puis c’est vrai que pour ce qui est des savons liquide, le distributeur marche une fois sur deux et en plus on dit que ça bouche plus les canalisations (à voir).
Ensuite il y a un bel évier et des belles serviettes bleu marine en coton pour se sécher les mains. Hum, ça sent bon.

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- Le menu -

C’est menu unique : 2 entrées, 1 plat, 1 dessert. On choisit poisson ou viande pour le plat. Ok je prends le poisson, c’est du colin.

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Le serveur me dépose un genre de pansement sur ma table en bois y ajoute du liquide et m’explique que c’est une serviette. Effectivement ça gonfle et ça ressemble soudain à une serviette. Ce serait top de pouvoir faire ça à la plage, d’arriver avec un mini truc, de foutre de l’eau dessus et tout d’un coup ça gonflerait comme une grosse serviette de bain.

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Ensuite ça arrive. J’ai tellement kiffé que j’envoyais photo + descriptif de chaque plat en direct à un pote.

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Entrée 1
Oeuf aux champignons doux et tapenade, émulsion de pain

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Entrée 2

Oignon gratiné, purée d’artichauts et champignons (ça faut que je le refasse chez moi)

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Plat

La chef vient elle-même me servir le poisson. Colin? Non lieu noir, c’est encore mieux me dit-elle.
Lieu noir, blini au tarot, légumes verts, émulsion coco et citronnelle.

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Dessert 

Tatin, glace à la vanille et caramel
A la fin en dessert, j’ai droit à une tatin. A une autre table, j’aperçois un dessert au chocolat. C’est bien, le chef pâtissier varie, il s’éclate, tant mieux. Vive les artisans qui s’éclatent, c’est la garantie d’un bon boulot! Il est dans la cuisine du fond alors que les deux chefs du salé sont dans la cuisine ouverte de la salle.

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- Le bilan -

Je voudrais insister sur quelque chose car j’étais seul et quand on est seul on y est plus sensible. Pendant tout le repas, il y avait une atmosphère « continue », comme dans une croisière qui déroule son cours.

L’ambiance, la musique de fond, la déco, les bruits, la cuisine, le service, quel calme, quel bien être, qu’est-ce que j’étais bien : pas d’éclats de voix, pas de confusion dans le service, pas d’esbrouffe, pas d’étourderie, partition tranquille et maîtrisée, chapeau!

L’Abri c’est le 1er resto qui dépasse le métro Poissonnière, le 10 qui commence à faire des bisous au 9, ça sonne bon tout ça. Il y a un No Man’s Land entre le Faubourg Poissonnière et l’Avenue Trudaine (en n’oubliant pas Chez Michel qui est un peu isolé à l’est). Là on a l’impression qu’il peut se passer plein de trucs.
L’Abri est discret avec sa devanture étroite et sans nom mais l’air de rien il vient de jeter un sacré pavé dans la mare.
Le genre de restos que tu veux conseiller à tout le monde autour de toi parce que tu penses que tout le monde kiffera.

Le bémol : les jus à 5 euros, ça fait un peu mal sinon les thés bios ne sont pas trop chers, les cafés non plus.