Faut pas nous prendre pour des crêpes

Voilà un sujet qui me tient tellement à coeur que j’ai vraiment tardé à l’écrire. Mais de tomber sur le dossier crêpes du Figaroscope m’a sérieusement motivé; tomber ensuite sur les commentaires du dossier crêpes m’a encore plus motivé.Ayant mangé des crêpes en Bretagne depuis toujours, j’ai quasi-systématiquement été déçu des crêpes que j’ai eu l’occasion de manger sur Paris; tant et si bien qu’avec deux amies venant du même endroit breton que moi, nous avions décidé de nous lancer à la recherche de la meilleure crêpe de Paris, en tout cas celle qui nous rappellerait le plus celles que nous avions l’habitude de manger.
Brisons là le suspense, nous nous sommes arrêtés au bout de quelques-unes. Je ne vais en évoquer que 3, chacune dans une registre particulier (c’est exprès qu’il n’y en ait pas plus du 14ème)

Celles qui m’ont plu :

75006 – La Bolée
75006 – Little Breizh
75011 – Bretons
75011 – Chez Imogène
75015 – Mad’Eo

Celles qui ne m’ont pas plu :

75003 – Breizh Café
Oui, c’est bon mais c’est trop chic pour moi. Je veux bien qu’on nous explique que le décor d’armoire bretonne près de la cheminée fait un peu vieillot mais ce n’est pas pour autant que je vais aller me précipiter dans le Marais dans un restaurant breton bien décoré et bondé en permanence mais qui ne m’évoque en rien l’ambiance d’une crêperie.
Désolé, il en va de la crêperie comme de la pizzeria, ça doit chanter, respirer le simple, le brut (comme le cidre).
Evidemment qu’il faut du progrès mais si l’on parle de crêperie (je veux dire crêperie), le compte n’y est pas.
Alors oui les crêpes sont bonnes (ce n’est pas hallucinant non plus), et surtout les ingrédients très bons mais honnêtement une complète réussie n’est pas forcément faite avec du gruyère de Savoie au lait cru).

75014 – Ty-Jos
Quelle decéption, le soir où nous y sommes allés, c’était triste dans la mesure où 4 blaireaux en goguette en avaient profité pour se murger à 19h30 et gueulaient dans la crêperie. Et surtout le personnel n’arrivait pas à gérer et du coup ça donnait des serveuses qui se lamentaient auprès des autres clients et qui n’arrivaient pas à se faire respecter auprès des chahuteurs, le tout dans une ambiance sans humour, pas marquée: bouhou, le cafard!
Quant à la crêpe : trop sèche!, c’est tout : trop sèche!

Crêpe, Pizza : même combat?
Je pense que la crêpe et la pizza ont beaucoup de points communs, dans leur origine, leur conception et leur évolution. Plats simples et populaires, ils sont loin d’être faciles à réussir.

Pour les mangeurs de pizzas, la référence restera toujours la Marguerita (Tomates, mozzarella, basilic) et pour les mangeurs de crêpes ce sera au choix, entre oeuf, jambon et fromage et pour moi les 3 c-a-d la Complète : reste à savoir si on veut son oeuf brouillé ou miroir (oeuf sur le plat).

Quant à moi après ma complète, mon teste sucré sera toujours la citron sucre, tellement de choses à y voir :
– est-ce du Pulco ou du vrai citron?
– le rapport citron-sucre? la crêpe ne doit pas baigner dans le citron mais on ne doit pas sentir non plus les grains de sucre.
– la manière dont la pâte réagit à l’arrivée du citron, elle ne doit pour cela pas être trop molle mais au contraire assez ferme. Pour autant la citron sucre ne doit pas être trop consistante, surtout pas, elle doit fondre dans la bouche.

Pour ce qui est de pizzas, l’explosion des pizzerias en tous genres (de Pizza Hut aux pizzerias à nappes roses et Chérie Fm en bande son, en passant par les pizzas turques) a beaucoup fait pour faire oublier le goût de la vraie pizza italienne originale.
Du coup, ces dernières années, on a vu l’arrivée de pizzas dites à l’ancienne, bien meilleures, avec des pâtes reposant 48 heures ( ça aussi, c’est comme pour les crêpes, plus ça repose, meilleur c’est). Mais le prix a grimpé en même temps que la qualité au point d’atteindre certains sommets largement critiqués dans ce blog (16 euros une pizza?!!!!!). Des prix qui font s’arracher les cheveux aux italiens vivant à Paris. Combien en ai-je vu me regarder l’air désolé façon : déjà que je n’avais pas une grande confiance dans l’authenticité de la nourriture italienne qu’on vous sert ici (ça, c’est pareil que pour les bretons) mais là vraiment on vous prend pour des gros cons!

Pour les crêpes, plat complètement oublié de la gastronomie parisienne, changeante, prête à surfer sur les modes, cela fait longtemps que je me dis qu’un jour ça va exploser.
La pizza cartonne, on ne nous parle que de restauration rapide, les What’soupe et autres snacks vert pâle façon design macrobio se répandent comme traînée de poudre à destination des travailleurs en pause lunch, mais de crêpes, rien!
A part le Breizh Café qui a le grand mérite de proposer des produits top (du beurre Bordier au digeo) mais qui préfigure à mon avis l’évolution dangereuse que je sens venir : des crêpes top bobo-bio méga quality à 11 euros. Le Breizh Café vaut largement le détour pour manger breton, disons-le clairement mais pas pour se taper une crêperie, ou alors pour se faire une crêpe sucrée qui défonce en milieu d’après midi.

L’autre problème de la crêperie, outre le fait qu’il est dur d’en faire une simple et bonne, c’est son prix.
Un repas de crêpes, c’est 3 salées et 2 sucrées, en gros quoi. Donc si on part sur des 6-8 euros la crêpe, on va arriver sur des 40 euros facile par personne, cidre et café compris. C’est trop gonfler la crêpe que lui faire cet affront, laissons-là où elle est la pauvre.

Ainsi, où en sommes-nous, coincés entre des crêperies du 14ème vieillissantes et souvent caricaturales (parmi lesquelles je n’ai pas trouvé ma perle) et un Breizh Café dans le Marais?
Et bien, je vais aller tester et je reviens vers vous.

Ah et puis last but not least, s’il était possible de trouver un jour du cidre Kerné dans une crêperie parisienne, ce ne serait quand même pas du luxe! (mais peut-être est-ce le cas dans l’une de celles que je ne connais pas encore)