La musique en Ethiopie Part 1 : j’ai été chercher des vinyls dans le sud de l’Ethiopie – Jimma (Ethiopie)


19.01.18 - Guillaume - 716lavie

La 1ère fois que j’ai concrètement entendu parler d’Ethiopie c’était lorsque je travaillais au sein du rayon Musiques du Monde de la Fnac Forum des Halles à Paris. D’abord un collègue m’a fait découvrir le « roi » de la musique éthiopienne, Mahmoud Ahmed et son fameux concert au théâtre de la ville. Puis, peu après, j’ai entendu que l’ami d’un ami avait traversé l’Ethiopie à vélo, ce qui m’avait épaté. J’ai continué à écouter de la musique éthiopienne, tirant la pelote et comme souvent en ce qui me concerne, la spécificité culturelle d’un pays peut m’amener à m’intéresser sérieusement à lui. Dans le cas qui nous intéresse ici, le rythme ternaire est tout à fait unique et démontre une fois de plus le caractère à part de la culture éthiopienne : seul pays d’Afrique à n’avoir jamais été colonisé, cuisine à base d’injera, là aussi un signe distinctif, bien qu’on la retrouve dans les pays voisins tels que le Soudan.

QQ années plus tard je me mis à voyager activement, toujours à la recherche de bons plans authentiques. Je ne sais plus ce qui m’a décidé à franchir le pas mais à un moment donné je me suis dit qu’il était temps d’aller en Ethiopie. Comme toujours j’ai multiplié les contacts sur place via tous les canaux que je pouvais trouver. Un dj réputé se fournissait à Addis Abeba en vinyls éthiopiens, très recherchés, chez un certain Mohammed. Je l’ai rencontré sur place et le courant est bien passé entre nous. Mohammed avait commencé son stock qq années plus tôt en collant des affichettes partout dans la ville, proposant aux particuliers de racheter leur collection de disques vinyls. Il était ainsi devenu l’interlocuteur incontournable des dj’s internationaux qui cherchaient des disques originaux. Ces derniers sont d’autant plus durs à trouver que sous la dictature de Mengitsu instaurée en 1974, la production phonographique devint interdite et n’a pas repris à la fin du régime en 1991.

Mohammed voulait explorer de nouvelles villes éthiopiennes car dans certaines les chasseurs de vinyls, et lui-même, étaient déjà passés par là, vidant les stocks. C’est ainsi qu’il me proposa de l’accompagner à Jimma au sud du pays, une ville universitaire peu touristique, à part pour les spécialistes du café.

Mohammed à l’aéroport d’Addis avec sa platine vinyles portative

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Une fois sur place, il nous fallut imprimer des centaines d’affiche et payer des locaux pour aller les coller partout dans la ville. Première complication : à Jimma on ne parle pas l’ahmarique mais l’oromo, la langue de l’ethnie majoritaire du pays mais qui n’est pas celle parlée à Addis. Il a donc fallu traduire, pas si évident que ça. Ensuite, mon ami a eu des doutes sur le travail réellement effectué par le colleur d’affiches. Nous voici alors en badji (moto taxi qui tire son nom de la firme indienne qui les fabrique) à faire le tour de la ville pour vérifier qu’un nombre suffisant d’affiches y sont collées. Puis viennent les 1ers coups de fil de familles qui ont des vinyls à vendre et s’ensuivent les rendez-vous à notre hôtel : une fois c’est le frère et la sœur qui viennent, un sac de sports rempli de précieuses galettes sonores, une autre c’est un jeune, d’autre fois un monsieur âgé.

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Parallèlement à cela, nous sommes à la recherche du stock de disques de l’ancien disquaire de la ville aujourd’hui disparu. Qu’a-t-il pu devenir ? Après de nombreuses investigations, il apparaît qu’il s’est transformé en pharmacie, tenue par 2 sœurs. Les 2 sont de grandes mélomanes et, bien qu’il n’y ait pas de nouvelles du stock, elles nous invitent à passer une journée dans leur maison avec leurs proches.

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Elles ont une sacrée collection et nous écoutons de la musique toute l’après-midi : elles jouent leurs vinyls ravies sur le lecteur portatif de Mohammed (car le leur ne marche plus) et nous leur faisons écouter ceux que Mohamed a achetés mais aussi découvrir des artistes sur internet, le tout après avoir dégusté un festin qu’elles avaient concocté. Elles m’avaient d’ailleurs emmené la veille au marché avec elles afin que je découvre celui-ci de l’intérieur. Le poulet vivant qu’elles avaient soigneusement choisi le samedi était devenu un parfait « doro » le dimanche (plat national à base de poulet épicé).

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Il s’en est passé bien d’autres des aventures durant ce séjour, mais ce que je cherchais à transmettre ici c’est à quel point la musique comme la gastronomie sont des « raccourcis culturels » qui vous permettent de pénétrer une culture locale de l’intérieur et en un rien de temps. Par ailleurs Jimma n’étant pas une ville touristique, cette recherche discographique nous a aussi permis de découvrir la ville via ce biais, entre autres. L’Ethiopie j’en suis tombé amoureux, mais c’est un pays qui ne se laisse pas conquérir comme ça. A vous de trouver les clés et les bons intermédiaires pour approcher ce peuple fascinant.

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Durant ce dimanche musical passé dans la famille de nos amis, ces derniers m’ont appris à faire le café.

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Il ne me reste plus qu’à le servir dans les règles de l’art, muni d’un drap blanc comme le veut la tradition.

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Mohammed a enregistré un mix pour 716lavie avec ses disques favoris

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